Par Cécile TAUVEL (co-fondatrice de La Minut’Rit)

Vendredi 6 mars 2015, j’ai participé avec Aline BOTTE (franchisée de l’Eure) à la journée « Normandes en tête » organisée à Deauville.

Nous avons commencé le matin par l’atelier « Comment équilibrer vie professionnelle et vie personnelle ? » animé par Sabrina TANQUEREL, docteur en Sciences de Gestion, actuellement enseignante-chercheure à l’Ecole de Management de Normandie, où elle enseigne la Gestion des Ressources Humaines.

Sabrina TANQUEREL ©Alexis Chezière

Sabrina TANQUEREL ©Alexis Chezière

Ce défi quotidien est au cœur des enjeux démographiques, économiques et socio-culturels de nos sociétés développées. Cet atelier avait pour but de mieux comprendre ce qui est en jeu dans cette quête d’équilibre : les conflits et les tensions à l’œuvre bien sûr, mais également les transferts de richesses et de talents qui s’y opèrent.

Une trentaine de femmes participaient à cet atelier et nous avons commencé par essayer de définir ce que représente cet équilibre vie professionnelle et vie personnelle. Voici quelques réponses :

  • le bien-être à l’opposé de la culpabilité
  • la qualité
  • faire face aux responsabilités
  • la liberté et l’autonomie
  • la quête de sens dans les deux sphères de vie
  • le rapport à nos valeurs.

Selon les chiffres de l’INSEE, encore 80% des tâches domestiques sont effectuées par les femmes. En revanche, il y a plus de sous-traitance.

Sabrina TANQUEREL a évoqué le « breadwinner model » où l’homme est pourvoyeur principal de revenus du foyer. Pendant des siècles, la femme était à la maison mais aujourd’hui un seul salaire n’est pas suffisant. Nous séparons le travail et le hors-travail (regroupant la famille, la vie associative, les loisirs, la  politique…) mais cette séparation n’a pas toujours existé ; avant la fin du XVIIIe siècle, on travaillait sur un même lieu. Désormais, avec les nouvelles technologies, la porosité au niveau de l’espace nous mène jusqu’à demander le droit à la déconnexion…

Plusieurs participantes à l’atelier ont insisté pour ne pas omettre la question d’âge : l’équilibre désiré est différent et évolutif en fonction des cycles de vie.

On constate que plus les femmes ont des enfants, plus elles se retirent du marché du travail. En revanche, pour les hommes, la paternité a un effet positif sur la carrière : promotion ou augmentation salariale, en tous cas consolidation professionnelle. En fait, on attribue des rôles stéréotypés aux femmes et aux hommes. Les rôles sont en train d’exploser depuis qu’il y a le désir d’émancipation, les progrès techniques, les mouvements féministes, la société de consommation, l’arrivée des femmes sur le marché du travail, le divorce, la famille monoparentale, les nouvelles technologies… Les normes socio-professionnelles évoluent : tandis qu’on parlait essentiellement de Devoir (cf Lalive d’Epinay), on tend aujourd’hui vers l’épanouissement personnel.

La notion d’équilibre implique nécessairement la subjectivité. La question à se poser est : « qu’est-ce qui m’importe ? » Il existe des injonctions prioritaires. Il faut donc faire des choix et donc renoncer en fonction des moments et choisir la voie que l’on préfère.

La difficulté pour les femmes est que la gestion de carrière se fait vers 25-40 ans, justement au moment de la maternité. Il y a une prise de relais par les hommes même si l’entreprise reste discriminante.

Les valeurs véhiculées par les entreprises libérées (voir notre article précédent à ce sujet) est notamment le bien-être. On y éradique l’ego individuel. Quel est le rôle de l’autorité ? Il est possible de diriger autrement. Cela a un impact sur le bien-être et la performance financière. Dans les TPE/PME, le bien-être en entreprise correspond finalement à du bon sens. Le management de proximité souhaite faire progresser l’autre.

On constate généralement le conflit travail-famille et l’inverse : la participation dans le rôle familial ou professionnel est rendue plus difficile à cause de son implication dans un rôle professionnel ou familial. Mais l’équilibre n’est pas toujours dans le conflit. C’est ce qu’on appelle le paradigme de l’enrichissement grâce au développement de qualités et de compétences.

Quelles sont les ressources transférables d’un rôle à l’autre ?

  • Les capacités d’organisation,
  • la délégation,
  • l’empathie,
  • l’écoute,
  • la prise de décision,
  • le management et le leadership,
  • le rapport à l’autorité,
  • le capital social ou la culture réseau,
  • le gain psychologique,
  • l’auto-efficacité,
  • la flexibilité
  • les ressources matérielles.

Les normes sexuées ne sont d’ailleurs pas non plus toujours bien gérées par les hommes. Il peut y avoir une frustration car on nous impose un modèle différent le poids de la réussite sociale est très lourd pour les hommes. Quand un homme demande de la flexibilité, on considère qu’il est souvent moins motivé et qu’il perd de sa masculinité. Parmi les freins évidemment il y a la rémunération. 97 % des congés parentaux sont pris par des femmes. Le problème est que l’image des mamans au foyer est négative, on occulte les compétences qu’elles développent.

Sur le chemin de la conciliation des temps de vie, les pistes d’amélioration sont nombreuses :

Au niveau de la dimension organisationnelle, voici quelques idées que l’on retrouve dans la charte « 15 engagements pour l’équilibre des temps de vie »:

charte_équilibre_temps_vie

L’idée consiste à développer une culture d’entreprise et de questionner les pratiques.

Pour finir : voici quelques conseils au niveau de la dimension individuelle :

  • s’interroger sur jamais perdre de vue son rôle et le sens de son action,
  • les retrouver dans son agenda,
  • cultiver les attitudes de vie gagnante comme le deuil de la perfection,
  • déléguer,
  • prioriser,
  • accepter de décevoir,
  • arrêter de se comparer,
  • distinguer l’urgent de l’important,
  • savoir bien s’entourer et demander de l’aide,
  • savoir dire non ou décaler,
  • gérer ses émotions et son stress (sport, méditation…),
  • prendre les décisions adéquates

 

Documentation :

Quelles pratiques d’harmonisation vie privée – vie professionnelle pour quelles attentes des salariés ? Sinem KILIC

La charte « 15 engagements pour l’équilibre des temps de vie » par le ministère des Droits de la Femme.

Concilier les temps de vie : le regard de l’Institut Great Place to Work® sur des pratiques mises en œuvre par des lauréats du Palmarès des entreprises où il fait bon travailler