Comment faire de la prise de poste une réussite pour les collaborateurs ? Quelles sont les principales erreurs des employeurs ? Quelles innovations peut-on apporter à son processus d’intégration ? Ce sont quelques questions que Cécile Tauvel a pu poser à Jenny Chammas, Master Coach. Elle accompagne les leaders ambitieuses dans le développement de leur leadership et de leur équilibre de vie. Elle est l’animatrice du podcast FEMME AMBITIEUSE dans lequel elle distille ses conseils pour un leadership et une vie épanouie. Jenny est aussi auteure, puisqu’elle a écrit le livre Ambitieuse et Épanouie.

Réussir sa prise de poste, l’interview de Jenny Chammas

Jenny, tu as conçu une formation « Réussir sa prise de poste« , qu’est-ce que cela signifie selon toi?

Réussir une prise de poste pour la plupart des salariés et des entreprises c’est être confirmé dans son poste après la période d’essai. Mais je crois que cela va bien plus loin en réalité. Il y a de multiples enjeux en prise de poste.

1 – c’est prendre ses marques et se saisir des sujets que l’on doit piloter. Cela prend plus ou moins de temps selon que l’on est déjà expert des sujets ou pas. On a en général beaucoup d’informations à assimiler.

2 – c’est aussi s’intégrer à une équipe de collaborateurs. Faire connaissance avec ses interlocuteurs, comprendre leur rôle et le sien pour installer un bon travail d’équipe. Et lorsqu’on est manager d’équipe, c’est apprendre à connaître chacun de nos collaborateurs, comprendre leur poste et leurs objectifs.

3 – c’est créer des premiers résultats pour montrer qu’on est la bonne personne pour le poste. Et pour pouvoir le faire, cela nécessite d’avoir bien géré les deux premiers enjeux.


Conclusion, en prise de poste les enjeux sont nombreux et le temps pour le faire plutôt limité. Il s’agit donc de savoir prioriser et d’avoir confiance en soi pour y arriver.

Qu’est-ce qui t’a motivé à réaliser ce cours ? Quels sont les bénéfices pour les participants ? Quels sont leurs objectifs ? Quel est l’investissement ? 

J’accompagne de nombreuses femmes en prise de poste sur des fonctions exécutives et de management et je constate que c’est une période d’incertitude souvent stressante. En général, c’est à ce moment précis que surgissent les peurs et pensées auto-limitantes. 

Par exemple, elles ont peur de ne pas être à la hauteur de ce que l’entreprise attend d’elles à leur poste. Elles s’inquiètent aussi de ce que pensent les autres et de leur légitimité, de leur “petit” nombre d’années d’expérience, ou du fait qu’elles soient seules dans un milieu d’hommes. Souvent, elles se sentent débordées et en manque de temps parce qu’elles veulent maîtriser leur poste dès leur arrivée.

Cette façon d’aborder la prise de poste crée du doute et de l’épuisement. Pourtant, elles sont heureuses d’avoir ces nouvelles fonctions, elles l’ont souhaité ! Mais ces barrières noircissent le tableau et le quotidien en prise de poste est surtout marqué par le stress.

Je pense qu’il est possible d’éviter cela en abordant la prise de fonction de façon plus intentionnelle. C’est précisément ce que je propose dans ce cours gratuit : leur donner des clefs pour démarrer un poste avec plus de recul, une meilleure façon de gérer leur temps et le bon état d’esprit pour créer des résultats visibles rapidement.

C’est une formation gratuite en 5 courtes vidéos qui aide à prendre conscience des limites que les femmes se mettent et donne des pistes concrètes pour les lever et réussir leur prise de poste.

Jenny Chammas, Mastercoach

Comment mesure-t-on la réussite d’une prise de poste ?

– De premiers résultats et de l’autonomie sur le poste

– Une intégration au sein de l’équipe réussie

– L’envie de poursuivre et de construire.

Quelles sont les principales erreurs des employeurs selon toi ?

En général, je constate que les employeurs ont des difficultés à communiquer des objectifs et des priorités clairs et précis. Or, avec une ligne directrice, le salarié sait sur quoi se concentrer donc également ce à quoi consacrer moins de temps.

Souvent, les salariés sont jetés dans le grand bain sans accompagnement, sans points un à un réguliers là où leur consacrer 15 minutes une fois par semaine par exemple pourrait radicalement changer la donne dans les résultats qu’ils créent et leur intégration.

Quelles innovations peut-on apporter à son processus d’intégration pour faire la différence ?

Mettre de l’humain au cœur de l’intégration est essentiel me semble-t-il.

J’aime beaucoup l’idée d’assigner aux personnes en prise de poste une marraine ou un parrain comme personne référente qui soit expert.e du domaine de compétences ou un homologue sur un autre service. Cette personne est quelqu’un avec qui on peut échanger, poser des questions, auprès de qui demander conseil. Bien souvent, l’échange permet une grande prise de recul. Or, les personnes en prise de poste ont l’impression que pour faire bonne figure, il vaut mieux ne pas partager ses difficultés. Si cela est encouragé par l’entreprise, cela envoie un message aux salariés que c’est acceptable de ne pas savoir avant d’apprendre et qu’elle met à disposition les conditions nécessaires pour trouver l’information.

Le parrainage est aussi un moyen de se créer un réseau à son nouveau poste. Or un salarié qui a un bon réseau en interne est un grand bénéfice pour l’entreprise. Il comprend mieux les enjeux de l’entreprise, cela permet aussi de partager les idées et de gagner en recul et de faire avancer les projets transversaux plus vite.

Comment les valoriser auprès des candidats lors du recrutement ? 

Tout simplement en en parlant et en expliquant pourquoi cela existe et en quoi cela facilite la prise de poste.

astuce idée

Les questions “inspiration”

Qu’est-ce qui te plaît dans tes missions au quotidien ?

Coacher mes clientes est ce qui me plait le plus dans mes missions. Je me sens vraiment à ma place dans l’accompagnement des dirigeantes, j’ai le sentiment d’être utile et je leur permets de se sentir à leur place dans l’exercice de leur leadership. Quand elles lèvent leurs barrières internes, lorsqu’elles dépassent leurs challenges, elles ont davantage d’impact au sein de leurs entreprises et avec leurs équipes. Et elles se sentent aussi plus épanouies. C’est absolument merveilleux de se dire que je contribue à cela à mon échelle.

La deuxième mission qui me passionne c’est de leader mon équipe. Mon rôle est de fixer un cap et d’aider chacun.e des membres de mon équipe à avancer vers cet objectif en se challengeant et en se développant. J’adore cet échange humain et la co-création que nous avons mise en place ensemble dans laquelle nous prenons le meilleur des idées de chacun.e pour servir l’entreprise et nos clientes. Manager est capital dans ma mission car cela participe de la bonne vie de l’entreprise, des salarié.es et des clientes.

Comment équilibres-tu ta vie personnelle et professionnelle ?

En tant qu’entrepreneure, me fixer des règles claires sur les temps de travail et les temps de repos est capital car sinon, je travaillerais tout le temps.

J’ai donc deux habitudes qui m’aident à le faire : 

  • deux fois par semaine, je m’arrête à 17h15 pour aller chercher mes enfants à l’école
  • je prends un mois de vacances en août

Quand j’ai des périodes très chargées, pendant lesquelles je travaille beaucoup plus – parfois les soirs, parfois les week-end -, je m’assure que cela ne dure pas trop longtemps et je prends des vacances, ne serait-ce que quelques jours pour décompresser ensuite. Cela participe de mon équilibre de vie.

Qu’est-ce qui te fait gagner du temps ?

Je planifie mes semaines de façon très détaillée. Le lundi, une fois mon planning établi, je sais précisément ce qui sera fait à la fin de la semaine. Cela me donne une grande visibilité. C’est aussi extrêmement précieux pour mon équipe qui a accès à mon agenda et sait quand sera prêt le dossier dont elles ont besoin.

Par ailleurs, je délègue beaucoup. Prendre le temps de former mon équipe, de passer du temps sur la délégation (je fais au minimum une réunion avec chacun.e des membres de mon équipe par semaine) : cela me permet de gagner énormément de temps. Il y a de nombreuses tâches et responsabilités que je ne gère plus en direct.

Qu’est-ce qui te fait gagner de l’énergie ?

Coacher, méditer et marcher sont mes boosters d’énergie. Je m’assure de faire au moins l’un des trois une fois par jour. Il n’est pas rare quand mon cerveau bouillonne que je laisse tout en plan pour aller m’aérer et marcher. Je reviens avec les idées claires pour reprendre le cours de ma journée de travail. C’est très efficace.

Pour quelle cause ou dans quelle association es-tu engagée ?

Mon engagement de toujours : la justice sociale et particulièrement l’égalité homme-femme. J’ai construit mon entreprise au service de la parité au sein des entreprises et des administrations puisque j’accompagne uniquement des femmes pour les aider à s’épanouir dans des fonctions de direction et à avoir plus d’impact au sein de leur organisation.

Je suis engagée dans plusieurs associations de femmes : Band of Sisters et Femmes et Challenges par exemple. Ma façon de contribuer à ces associations est de mettre mon temps à profit pour faire des masterclass dans lesquelles je partage gratuitement mon savoir-faire pour aider les femmes à être de meilleures leaders.

Je soutiens aussi La maison des femmes dirigée par Ghada Hatem qui aide les femmes victimes de violence à avoir accès aux soins et à un accompagnement juridique.

Qu’est-ce qui t’inspire ? (une personne, un livre, une œuvre d’art…)

Toutes les femmes qui osent à leur échelle défendre leurs droits m’inspirent. J’ai énormément de respect pour toutes les femmes qui vivent dans des conditions très difficiles dans des États de non droit et qui doivent se battre parfois au prix de leur vie pour pouvoir vivre décemment en tant que femme.

Je lis actuellement le livre “19 femmes : les syriennes racontent “ de Samar Yazbek dans lequel chacune de ces femmes témoigne de leur engagement pendant la guerre en Syrie – comment elles ont enseigné aux enfants dans des caves, distribué des tracts, sauvé des gens – parfois au prix de leur dignité de femme. C’est poignant et ça donne envie de hurler. Il me semble que c’est un devoir de lire et de savoir ce qui se passe. Ça me donne encore et toujours plus de force pour continuer à m’engager au quotidien, parce que pour moi en France et en tant que femme privilégiée c’est beaucoup plus facile. Si je ne le fais pas, quel message est-ce que j’envoie à mes enfants et aux générations futures ? Chacun.e à notre échelle, nous pouvons faire quelque chose et avoir de l’impact sur les sujets qui nous tiennent à cœur.

Cette interview vous est proposée par Cécile Tauvel, co-fondatrice de La conciergerie d’entreprise La Minut’Rit et Jenny Chammas, master Coach, animatrice et auteure. Retrouvez Jenny sur Instagram

Pour aller plus loin :

Jenny est intervenue pour une masterclass sur le leadership au féminin lors du Forum Femmes et Challenges le 4 décembre 2020, séance animée par Cécile TAUVEL, cofondatrice de La Minut’Rit. Jenny raconte sa prise de parole en public dans l’épisode 121 “Comment oser?”.

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